Le rôle clé des délégués aux prestations familiales : redonner aux parents leur pouvoir d’agir
Introduction
Intervenant à l’occasion du forum du Carrefour national des délégués aux prestations familiales, Sarah El Hairy, Haute-commissaire à l’Enfance, a mis en lumière un outil fondamental mais trop souvent méconnu de la protection de l’enfance : la mesure judiciaire d’aide à la gestion du budget familial (MJAGBF).
Alors que les situations de précarité se répercutent directement sur le quotidien et le bien-être des enfants, ce dossier de presse synthétise les enjeux, les résultats et les perspectives d’avenir de cet accompagnement mené au cœur des familles.
1. Qu’est-ce que la MJAGBF ? Un levier essentiel de prévention
Protéger un enfant, ce n’est pas seulement intervenir lorsque le danger est avéré et que la situation est déjà critique. C’est aussi empêcher qu’une situation familiale ne se fragilise et ne se dégrade.
La mesure d’aide à la gestion du budget familial permet de :
Préserver le cadre de vie : Assurer le maintien du logement, le paiement régulier du loyer et des factures d’énergie (électricité).
Garantir les besoins fondamentaux : S’assurer que l’alimentation, l’habillement, la santé et les activités des enfants ne deviennent pas des variables d’ajustement dans un budget en crise.
Redonner des marges de manœuvre : Permettre aux parents en difficulté de retrouver progressivement les rênes de leur foyer et de restaurer leur pouvoir d’agir.
2. Des résultats concrets prouvés par l’étude nationale (UNAF)
L’étude menée conjointement avec l’UNAF (Union nationale des associations familiales) démontre l’impact direct et positif de l’accompagnement par un délégué :
Rétablissement des paiements essentiels : Reprise effective du paiement des loyers et des factures courantes.
Apurement des dettes : Gestion et résorption progressive des passifs financiers.
Investissement dans l’épanouissement de l’enfant : Dégagement de moyens pour financer des activités extrascolaires, indispensables à la socialisation et au développement des enfants.
Au-delà des chiffres, la restauration de la parentalité :
« Avec vous, j’ai repris, j’ai repris ma place de maman. » — Témoignage d’une mère interrogée dans le cadre de l’étude.
Au-delà de la simple gestion financière, la mesure permet aux parents de reprendre confiance en eux, d’apprendre ou de réapprendre à poser des limites, et de se projeter de nouveau dans la construction de projets familiaux.
3. Les défis et perspectives : Sortir la mesure de son « angle mort »
Malgré son efficacité avérée, le dispositif fait face à des freins structurels importants qu’il est urgent de lever :
Une baisse du recours : Fin 2023, seulement 13 114 familles étaient accompagnées, contre plus de 15 000 en 2014.
Une forte hétérogénéité territoriale : Le recours à la mesure varie considérablement d’un département à l’autre.
Un enjeu de visibilité : Une mesure efficace mais méconnue est une mesure qui n’atteint pas tous ceux qu’elle devrait aider.
4. Les priorités d’action
Pour que la prévention devienne une réalité plus précoce et plus juste, l’action publique s’articule autour de grands axes :
1. Mieux faire connaître le dispositif auprès des travailleurs sociaux et des magistrats.
2. Renforcer l’articulation entre les délégués, les départements et l’ensemble des acteurs de la protection de l’enfance.
3. Dépasser la vision purement matérielle : Ne plus considérer les difficultés financières et budgétaires comme une « périphérie » de la protection de l’enfant, mais bien comme le premier rempart contre la rupture familiale.